samedi 27 août 2011

L’amour qui demande à l'amour



Qui aime quand je t'aime" de Catherine Bensaid et Jean-Yves Leloup

La question est bien souvent: comment m'aimes-tu? Mais se demande-t-on: comment j'aime? Comme je t'aime? Dans l'un et l'autre cas, savons-nous de quel amour nous parlons? De quel amour aimons-nous?
L'amour et comment il se nomme, dépend de celui, ou celle, qui le vit et de celui ou celle, à qui il s'adresse. 







À la différence de l'amour que l'on éprouve pour le soleil, le chocolat ou son chat, l'amour humain a toute une palette de couleurs pour vivre et s'exprimer, lesquelles forment un tableau qui varie d'une personne à l'autre, et pour la même personne d'un moment à l'autre de sa vie - on n'aime pas son amant comme son enfant, à vingt ans comme à quarante ou soixante. Des couleurs, on pourrait dire aussi des notes de musique qui forment une mélodie propre à chaque relation, à chaque instant de la relation. La richesse, la tonalité, l'intensité des sentiments tiennent dans la richesse, la tonalité, l'intensité de la relation. L'amour n'a de sens que dans un "toi" et "moi". Apprendre à aimer, c'est apprendre à t'aimer.
Il y a toujours un "toi" dans l'amour. Le "toi" est parfois absent, encore inconnu ou bien invisible, désincarné, mais il y a un "toi" à qui l'amour s'adresse. Un "toi" qui permet à la soif de se désaltérer, de mettre de L'autre dans sa pensée, son regard, sa parole. Un "toi" qui met des limites face à une demande illimitée, du "fini" face à une attente infinie, une réalité face à un idéal d'amour qui assoiffe plus qu'il n'assouvit la soif. Un "tu" qui fait de toi et pas un autre celui ou celle que j'aime. Un "toi" qui fait de toi un choix.
Tant que "toi", je ne sais pas qui tu es, il est difficile de savoir comment je t'aime. Il est possible de dire comment je pourrais t'aimer, de quelle façon j'aimerais t'aimer, ce que je pourrais attendre de ton amour et comment j'y répondrais. Mais je ne peux pas savoir comment je t'aime. Je ne peux pas savoir comment mon amour, parce que c'est toi, tel que tu es, prend telle forme et non telle autre. Il est certain qu'un autre, je l'aimerais autrement, et un troisième aussi... à l'infini. Je ne porte pas en moi une seule forme d'amour. Même si j'ai ma façon d'aimer.







Ma façon d'aimer est bien particulière, mais elle comporte bien des façons d'aimer. L'adulte que je suis est encore un enfant, mais il a aussi déjà vécu, autrement, aimé, fait l'expérience d'autres "toi" qui m'ont façonné et fait ce que je suis. À commencer par mes parents. Qui que tu sois, je t'imposerai L'amour que j'ai reçu et celui que je n'ai pas eu. Tu leur ressembleras, même si je t'ai choisi différent. Ou je ferai de telle sorte que tu te comportes comme mon père, comme ma mère, même si ce n'est pas mon désir. C'est ainsi. Le jour où tu m'as rencontré, où je t'ai rencontré, une histoire commence, mais deux histoires se rencontrent. Deux histoires se racontent. Deux histoires qui ne sont pas les mêmes. Déjà deux "je t'aime" qui prennent des formes différentes, deux "je t'aime" qui sont ma façon de T'aimer et ta façon de m'aimer. Deux soifs qui se rencontrent.



Je t'aime et il importe au fond peu de savoir pourquoi je t'aime. Mais cela ne signifie pas que je ne puisse apprendre à mieux t'aimer. T'aimer n'est que le commencement d'une longue histoire; t'aimer est nécessaire mais pas suffisant pour que cette histoire soit belle. Je peux t'aimer, mais mal t'aimer et te faire mal. Je peux t'aimer et me faire mal à travers toi, car je ne te comprends pas ou je me fais mal comprendre de toi. Je ne connais de l'amour que celui que j'ai vécu, bien ou mal, bien et mal. J'apprends avec toi à savoir ce que c'est qu'un amour qui se vit bien.
J'apprends à t'aimer; un "je t'aime" qui s'adresse à toi, et qui n'est pas toujours répétition de mes douleurs passées, continuité des besoins de la "petite" que j'ai été - et que je suis encore. Un "je t'aime" qui va évoluer. Un "je t'aime" qui avec le temps s'allège et se densifie, qui grandit et nous fait grandir, qui en même temps qu'il mûrit, est une occasion pour toi et moi, le toi et moi de la relation, de mûrir.


"L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde, pour l'amour de l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limites, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large".

Encore faut-il vouloir apprendre, accepter de plonger au fond du puits pour aller à la rencontre de ma source, et alimenter d'eau vive l'amour que je te porte. En touchant au plus profond de am source, je suis de plus en plus proche de toi. En calmant ma soif, je peux enfin répondre à la tienne. En me libérant de mes douleurs pour être au plus près de la force d'amour qui est en moi, je peux enfin t'aimer d'un amour qui est libre. Etre libre de t'aimer. D'un amour qui n'attend plus de toi l'infini, car cette source d'amour infini est en moi.

Quand tu me dis que tu m'aimes, quand je te dis que je t'aime, nous ne disons pas la même chose. Aussi, il n'est pas toujours facile de nous entendre. L'amour ne serait-il pas de nous mettre à l'écoute, l'un et L’autre, de cet amour qui nous rapproche et nous différencie? Je veux apprendre ce que tu me dis quand tu me dis "je t'aime", et je veux déjà apprendre pour moi-même ce que je dis quand je dis "je t'aime". Avant de te le faire entendre.


L'amour n'est pas une leçon de choses. Il se vit, bien plus qu'il ne se raconte, et il n'a pas toujours besoin d'être bien compris pour bien se vivre. L'amour a bien d'autres mots que ceux d'une pensée en souffrance qui cherche à s'apaiser, par des mots. L'amour a son langage, celui du cœur et du corps. Chaque histoire d'amour, sa petite musique, de jour et de nuit.
Qu'importe comment je t'aime si je t'aime. D'autant que je ne saurai jamais pourquoi je t'aime. "J'ai aimé beaucoup d'hommes dans ma vie. L'un pour sa compagnie, j'aimais parler avec lui, l'autre pour sa beauté et le désir qu'il m'inspirait, un autre pour le désir qu'il me portait. Mais pour toi, je ne sais pas pourquoi je t'ai aimé tout de suite et je t'aime encore.


T'aimer, n'est-ce pas monter et descendre avec toi les différents paliers de l'amour? Tantôt je suis la petite, tantôt c'est toi le petit. Parfois je suis ta mère et parfois, tu es mon père. Et puis, tu es mon frère, mon ami, mon amant. Le vivre ensemble, car si l'un de nous est en haut pendant que l'autre est en bas, ou que l'un attend de l'amitié de l'autre qui est dans la passion, on ne parle et surtout, on ne vit pas le même amour; on est pas sur la même longueur d'onde.
T'aimer, c'est te faire découvrir une façon d'aimer qui t'est inconnu ou mal connu. Et m'ouvrir à toi à toi grâce à une autre façon d'aimer que celle que je connais. T'aimer c'est être solidaire de tes désirs tout en écoutant les miens. T'aimer c'est douter de la façon dont je sais ou non t'aimer, mais non de l'amour qui nous unit. T'aimer c'est être avec toi.







Être avec moi-même avant d'être avec toi. Etre vivant et partager ma vie, la vie, avec toi.


Avec toi: solidaire, complice, confiante, attentive, attentionnée...

Toi, parce que c'est toi et je suis respectueuse de ce que tu es. Je t'aime pour ce que tu es. J'ai appris à t’aimer dans ta singularité, ta façon unique d'être au monde. Ta façon unique d'aimer. De m'aimer. Et d'accueillir mon amour.





J'aime l'enfant que tu es et l'enfant que je suis avec toi, j'aime l'adolescent passionné et désordonné que tu es et l'adolescente que je suis à tes côtés. J'aime l'amant, l'ami, j'aime la grâce qui nous unit, j'aime ce que tu N'aimes pas de toi, et j'aime le beau de toi que tu ignores.

Et chaque jour, j'apprends à mieux t'aimer.








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